2/2018

Pourquoi le consensus et le brainstorming freinent-ils les idées?

Promotion de la créativité au sein de l’entreprise

Dans les cultures «scolaires» d’Europe occidentale, nous sommes devenus des spécialistes de l’analyse et de la capacité de réflexion critique. Nous discernons rapidement ce qui ne va pas, ce qui dérange, ce qui pourrait devenir problématique.

Ce procédé «correct» et structuré atteint cependant vite ses limites lorsque des solutions radicalement nouvelles doivent être trouvées. Scandales du diesel, Présidents américains, fonte des glaciers et maïs génétique, bitcoin, blockchain et intérêts négatifs: le monde nous place face à de nombreux défis. Plus que jamais.

L’avenir n’est plus prévisible, le comportement des consommateurs est contradictoire et la recherche de marché souvent d’aucun secours. Dans ces situations, la créativité des chefs est sollicitée. Plus l’avenir est incertain, plus l’originalité, l’inspiration et la créativité sont importantes.

La variance vainc la routine

Nous Européens, peinons à discerner les possibilités radicalement nouvelles et à développer des alternatives fondamentalement différentes. Il est possible d’étudier chez nous la gestion de l’innovation, mais pas l’étape préliminaire indispensable, qui consiste en l’élaboration d’idées. Notre premier réflexe est une réflexion trop en profondeur, trop longue et trop isolée – plutôt qu’élargie, rapide et se déroulant au sein d’un groupe hétérogène.

La bonne nouvelle: la roue est en train de tourner. Des entreprises toujours plus nombreuses forment leurs collaborateurs aux méthodes créatives, au Design Thinking, Free Thinking, à l’agilité, etc. Des entreprises toujours plus nombreuses accordent une marge de manœuvre temporelle et financière au développement de prototypes, scénarios, jeux de réflexion, dispositifs expérimentaux et à l’abolition des conventions. Les salles de réunion changent, le mobilier commence à se déplacer, les sols et murs font l’objet d’une attention nouvelle, des outils créatifs sont acquis (des Lego au matériel de bricolage pour prototypes), les processus de travail gagnent en flexibilité et les procédures s’accélèrent, elles sont toujours plus courageuses et orientées vers les clients.

Là où hier on évoquait encore de timides variantes des mesures éprouvées, les départements créatifs des entreprises promeuvent l’impensable et frappent à la porte de l’impossible. Les erreurs et les détours perdent leur pouvoir dissuasif.

Le management pressent toujours davantage que les bonnes idées reposent nécessairement sur 85% de déchets au moins. Sans ces rebuts, sans ces idées folles, ridicules, politiquement incorrectes, osées, suicidaires et improbables, il n’y aurait ni innovations solides, ni Blue Oceans, ni Rulebreakers, qui forgent le marché au lieu de lui courir après.

Même si de nombreux cadres veulent soudain voir leur entreprise se transformer en «Creativ Company», ils craignent que l’implémentation d’une culture d’innovation ne se fasse au détriment de l’efficience. Mais une telle approche n’est pas viable. Lorsque l’on veut favoriser la créativité et assurer sa position parmi les valeurs de l’entreprise, on doit inévitablement affaiblir l’efficience. La créativité, par nature, n’a pas de parti pris et elle n’apprécie ni les délais ni les prescriptions.

Un principe s’applique toutefois: même si la créativité n’est pas elle-même efficiente, elle doit être préparée et gérée de manière efficace. C’est généralement l’œuvre d’un coach de créativité, qui ne travaille pas personnellement dans l’entreprise (rôle neutre) et apporte, outre un regard extérieur, des méthodes de créativité, une marche à suivre détaillée et des moyens auxiliaires. De l’échauffement interactif d’un début d’atelier créatif aux photos géantes et objets quotidiens singuliers, qui agissent comme source d’inspiration sur la réunion.

Un consensus équivaut à un cactus rasé

La promotion n’est pas une nouveauté: la créativité au sein d’une entreprise se nourrit de non-conformistes, d’une culture de l’erreur et de dissensions. La volonté de clore chaque réunion par un consensus est un poison difficile à éliminer lorsque l’on pense en termes de consolidation d’équipe. Les processus créatifs doivent toutefois résister aux non-conformistes et aux dissensions: plus le nombre de collaborateurs adhérant à une idée est élevé, plus celle-ci sera médiocre. Un consensus équivaut à un cactus rasé. Dans ce cas, préférons-lui l’original, à savoir le concombre. Une équipe ne parvient pas à se mettre d’accord sur une idée? Et alors? Présentez deux idées acérées et mordantes, plutôt qu’une seule rasée de près.

Pourquoi le brainstorming exerce-t-il un effet contraire à l’innovation?

Le brainstorming, la méthode créative la plus célèbre et la plus répandue de la décennie écoulée, repose sur des associations. L’intellect sollicité pêche dans le cerveau les contenus précédemment enregistrés comme importants. C’est logique et malheureusement contraire à l’objectif.

Car si la plupart des collaborateurs participant au brainstorming ont entre 30 et 55 ans, la peau claire, sont nés en Suisse, en Autriche ou en Allemagne, ont étudié, disposent de revenus nets similaires pour leur ménage et ont des comportements identiques en tant que consommateurs et téléspectateurs, leur impulsions mentales seront similaires dans leurs vies et les résultats du brainstorming forcément équivalents. Au détriment de l’originalité et du foisonnement d’idées recherché.

Marteau. Rouge. Violon.

Telles sont les réponses de 90% des personnes interrogées lorsqu’on leur demande de citer un outil, une couleur et un instrument de musique. Quelle banalité. Quelle uniformité. Le cerveau est le plus lent de nos organes. Il déteste les problèmes et les innovations, trop gourmands en énergie.

Il faut donc contraindre celui-ci à sortir de sa zone de confort. Si l’on est en quête de nouveauté, amateur de créativité, autant éviter les autoroutes mentales trop fréquentées – le morne univers du brainstorming – et partir plutôt à la recherche des taches blanches situées dans le cerveau. Ce qui est particulier, qui étonne et fait la différence. C’est pourquoi les entreprises désireuses d’accroître la créativité de leurs collaborateurs devraient tromper le cerveau en usant de techniques de provocation, qui créent un environnement de travail ouvert et dénué d’appréhensions. Le brainstorming et la formulation de propositions sont passés de mode. L’heure est à la transformation, à la motivation et à la stimulation.

  • Peter Pakulat
  • Text

Peter Pakulat est coach d’innovation, expert en créativité et auteur de bestsellers. Il vit à Hambourg. www.freigeisterei.de

Tags: Agilité, Flexibilité, Leadership, Tendances, Culture d’entreprise

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