2/2018

La créativité exige de la confiance

Chers lecteurs, chères lectrices,

Les règlements sont des interventions étatiques qui corrigent les dysfonctionnements du marché dans l’intérêt public ou visent à restreindre les risques d’origine anthropique, par exemple liés à la pollution ou aux techniques modernes. Ils favorisent aussi l’égalité des chances sur le marché, comme l’illustre la déréglementation des monopoles dans le cadre de l’ouverture du marché de l’Union européenne.

Réglementer n’est en soi ni bénéfique, ni néfaste. Cependant, la densité croissante des réglementations en Suisse s’attire la critique. L’appel à la réduction des charges administratives des entreprises se fait de plus en plus pressant. Le marché doit renouer davantage avec une régulation autonome. Un regard vers le passé suffit pourtant à établir qu’avant comme après la crise, les marchés financiers étaient pareillement incapables de reconquérir en toute indépendance la confiance. Par ailleurs, du fait de la globalisation croissante et du réseautage international, de nombreux risques et dysfonctionnements du marché ne peuvent être évalués et gérés qu’à l’échelle transnationale, à l’image de la gestion des droits relatifs à la propriété et à l’utilisation de biens non matériels.

Le réseautage sans frontière, grâce à Internet et aux technologies numériques qui en dérivent, a certes suscité une grande créativité et une poussée innovatrice. Il comporte cependant aussi de nouveaux risques. Citons par exemple l’utilisation abusive des données de clients dans Facebook ou les accidents provoqués par des voitures autonomes et causant des blessés ou des morts. Un autre exemple en sont les nouveaux modèles commerciaux émergeant dans le cadre de l’économie du partage. Ils offrent des formes de travail flexibles, dans le cadre desquelles les travailleurs sont encore trop mal définis et de ce fait sommairement protégés par la loi. Légalement, les chauffeurs Uber ne sont pas assimilables aux chauffeurs de taxi.

Dans ce contexte, les règles et normes ont pour but d’encadrer de manière structurée les progrès techniques et de dégager parallèlement des champs d’expérimentationpour la recherche et l’économie.

Sans réglementation, la créativité à l’époque d’Internet et de l’intelligence artificielle ne connaîtrait aucune limite en dehors de la gouvernance définie par les entreprises elles-mêmes.Or celle-ci ne fonctionne que si une culture d’entreprise reposant sur les principes éthiques est implémentée.

Si la réglementation peut être considérée comme néfaste pour l’économie, elle a également le pouvoir de renforcer la confiance envers les technologies et les développements. Et bien qu’ayant tendance à être perçue comme positive et inspirante, la créativité peut elle aussi être à l’origine de difficultés, lorsqu’elle permet d’exploiter les lacunes de la loi, voire de la manipuler. Les règlements doivent avoir du sens et viser à pallier les défaillances ou les dysfonctionnements du marché, de même que les risques. Ils doivent être efficaces et leur mise en œuvre doit être avantageuse et équilibrée. Il vaut la peine d’ouvrir le débat sur ce qui distingue les bons règlements et sur la part de responsabilité des parlementaires et lobbys dans ce processus.

Jürg Eggenberger
Directeur ASC

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Tags: Numérisation, Culture d’entreprise

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