3/2018

Six questions sur votre monde du travail 4.0

Les voix critiques sur les concepts du monde du travail 4.0 se multiplient. Assistons-nous déjà au retour du balancier après l’euphorie initiale? Celui qui n’adapte ses concepts d’espace que maintenant peut en tous cas tirer les leçons des erreurs des pionniers.

Cela fait longtemps que ce ne sont plus seulement les start-up et les sociétés technologiques internationales qui misent sur de nouveaux concepts d’espace. La construction d’un nouveau bureau ou la modernisation d’un bureau existant font souvent appel à un concept multizones, généralement en combinaison avec des travaux non territoriaux, ce qui signifie que les collaborateurs n’ont plus de place de travail personnelle, mais choisissent le scénario le mieux adapté à une certaine tâche. Les motivations sont variées:

  • Optimisation de l’utilisation des surfaces. De nombreuses études attestent que les collaborateurs ne passent en moyenne que 60% environ de leur temps au bureau, dont à peine la moitié à leur place de travail personnelle, même dans les entreprises plutôt traditionnelles. Et ces chiffres devraient encore s’accentuer, car les formes de travail flexibles augmentent au même rythme que la mobilité.
  • Amélioration du réseautage et de la communication. L’échange entre les collaborateurs est favorisé par le passage d’une structure cellulaire à un espace de travail ouvert et par des zones de rencontre accueillantes. La communication s’améliore, parce que les personnes sont plus visibles mais malheureusement aussi plus audibles dans les zones ouvertes.
  • Investissement dans l’agilité et la capacité d’innovation. De nouveaux locaux autorisent de nouvelles formes de collaboration: des thématiques de plus en plus nombreuses sont aujourd’hui réglées par des organisations de projet intersectorielles, souvent en étroite coopération avec des intervenants externes au lieu de la hiérarchie. Les espaces créatifs et de projet, et les concepts d’espace en général, lesquels permettent une adaptation rapide à de nouvelles structures organisationnelles, gagnent donc en importance.
  • Expérience de marque de bout en bout. Le logo de la société brodé dans la moquette de la zone d’entrée, les lunettes de WC et la tasse de café aux couleurs de l’identité visuelle sont de belles idées qui ont vu le jour dans les années 1980. Entre-temps, les architectes d’intérieur sont de plus en plus forts pour transposer la personnalité de marque, la vision et les valeurs dans des expériences spatiales. Celles-ci confèrent une identité, tant en interne qu’en externe.
  • Signal d’une transformation. Un nouveau bureau symbolise souvent un nouveau départ, un bouleversement. Même si l’espace ne peut jamais engendrer de transformation à lui seul, il est palpable et donc important, contrairement à la culture de travail et aux technologies.
Celui qui ne démarre que maintenant évite les erreurs de jeunesse.
Évaluer la situation individuelle

Celui qui se lance maintenant à l’assaut des nouveaux univers de travail a l’avantage de pouvoir sciemment éviter les erreurs de jeunesse, non seulement en ce qui concerne le concept d’espace mais aussi en termes de procédure. Malgré tout l’enthousiasme, il est donc utile d'analyser les études critiques sur les nouveaux concepts d’espace qui poussent actuellement comme des champignons.

Même s’il y est question de «déracinement», de «stérilité», d’«anonymat», de «réseautage forcé», d’«absence de sphère privée», de «dématérialisation», d’«économies sur le dos des collaborateurs» et donc d’une baisse d’identification et de loyauté, il ne faut pas se laisser dissuader par ce pessimisme.

Cela fait longtemps que ce ne sont plus seulement les start-up et les sociétés technologiques qui misent sur de nouveaux concepts d’espace.

Tout comme il n’y a pas de corrélation entre le taux de divorce et l’aménagement de la chambre à coucher, le concept d’espace de bureau n’a pas d’influence sur la réussite et la passion avec laquelle les gens collaborent. La réponse aux règlements de comptes destructeurs avec le monde du travail 4.0, qui sont justement très en vogue, est simple. Il faut les soumettre à une analyse tout aussi critique:

  • Quels éléments précis ont été modifiés? Ne s’agit-il, par exemple, que de l’introduction d’un concept d’open space ou aussi de l’introduction du desk sharing?
  • Quand les changements ont-ils été planifiés et mis en œuvre? Les premiers concept d’open space avaient totalement négligé la thématique du retrait et de la sphère privée, alors que les nouveaux concepts parviennent très bien à résoudre ce défi (mot clé: «Privacy Offices» démocratiques).
  • Comment les changements ont-ils été accompagnés? La communication mais aussi l’offre de formation jouent un rôle important à cet égard!
  • Comment les collaborateurs ont-ils été impliqués dans l’aménagement de la nouveauté? Il est avéré que la participation débouche non seulement sur une meilleure acceptation, mais aussi sur de meilleurs résultats et sur un renforcement de l’identification avec la nouveauté.
  • A quel point la collaboration antérieure au changement était-elle numérique? Les sociétés qui utilisent beaucoup de papier et qui sont plus familières du tube pneumatique que du cloud computing ont beaucoup de mal à s’acclimater aux concepts de desk sharing, sans passer par des étapes intermédiaires.
  • Le bilan est-il positif de part et d’autre? L’introduction des concepts d’open space en combinaison avec le desk sharing n’a de sens que si les collaborateurs bénéficient d’une certaine latitude et autonomie, afin de pouvoir organiser délibérément leur travail quotidien. Dans ce cas, ils sont également disposés à apporter un soutien constructif aux changements, autrement dit à faire abstraction de leurs éventuels désavantages individuels.
Le concept d’espace de bureau et la collaboration sont aussi peu corrélés que l’aménagement de la chambre à coucher et le taux de divorce.

Celui qui souhaite sérieusement réfléchir au thème des univers de travail 4.0 peut parfaitement citer des études euphoriques ou destructrices à l’endroit adapté. Rien ne permet cependant de faire l’impasse sur la réflexion quant aux objectifs prioritaires, aux espoirs, aux craintes et à la propre contribution à la réussite de cette transformation.

  • Barbara Josef
  • Text

Co-fondateur de 5to9 AG . A notamment contribué à la création et dirigé le projet «Home Office Day» en tant que directrice de la communication de Microsoft Suisse. Enseignante en primaire de formation; a étudié la gestion d’entreprise à l’université de St-Gall.

Tags: Modèles de travail, Numérisation, Flexibilité, Technologie, Tendances, Culture d’entreprise

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